Filippo G&G in the press

 MAY 2015 ISSUE OF L'OFFICIAL SWITZERLAND

MAY 2015 ISSUE OF L'OFFICIAL SWITZERLAND

Double page article in l'Officiel

 A la poursuite des pierres précieuses -   

A la poursuite des pierres précieuses -

 

 

A la Poursuite des Pierres Precieuses

La profession de chasseur de trésor semble exiger des chemises ouvertes et des bottes de cowboy, genre jeune Hérisson Ford voire Michael Douglas trempé de sueur. Avec son accent italien, son costume impeccable et ses soulier bien lacées, Filippo Gay apporte une élégance italienne au métier de chasseur de pierre précieuses.

Article Par Katherina Sand

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Il s'approche du coffre-for en deux pas rapides, tourne discrètement un bouton et la porte s'ouvre avec un clic discret. Filippo Gay retire les deux coffrets couverts de cuir noir remplis de diamants d'une valeur de plusieurs millions comme il se passe les doigts dans les cheveux: avec nonchalance. Rien d'étonnant à cela: sa famille manie des pierres précieuses depuis l'époque ou son arrière-grand-père partait chasser les perles. Les coffrets dans son bureau genevois révèlent un arc-en-ciel époustouflant de pierre haute de gamme: une énorme aigue-marine aussi transparente que la mer des Caraïbes, des émeraudes chatoyantes, d'extraordinaires rubis, un grenat mandarin orange et une tourmaline Paraïba d'un vert profond, l'une des pierres les plus rare qu'il soit.

Chaque pierre a son histoire - celle de sa poursuite. Les deux coffrets contiennent aussi huit années d'aventures. Les plus dangereuses étaient celles en Afghanistan. Là-bas, Filippo s'est habillé comme les habitants et a parlé peu, juste quelques mots appris par coeur:  "Je dormais dans les bureaux de mes contacts: l'hôtel, c'était trop risqué. Je n'ai jamais vu autant d'armes." Il dégaine son téléphone pour montrer la vidéo d'une négociation. On le voit assis par terre en tailleur au milieu de plusieurs hommes âgés. Tous font danser leurs doigts: "Là-bas, on ne prononce jamais le prix des pierres, on communique seulement avec les doigts. Le prix reste secret même pour des personnes présentes, car il ne peut être entendu, juste vu!" 

Au Nigéria, par contre, il dormait près des mines, à même le sol, dans des nuées de moustiques, et accompagné par les services secrets. "Pour comprendre la valeur d'une pierre, il faut avoir vu les mines soi-même et combien il est difficile de l'extraire." confie-t-il. Et frémit en se souvenant: "la nourriture était épouvantable."

Il admet être accro à l'adrénaline. Des poussées qu'il faisait monter comme champion  de ski à l'adolescence jusqu'au jour où, à 18 ans, il est parti en Australie. Un vrai défi: il ne connaissait pas un mot d'anglais. "Pour moi, c'est intéressant de trouver mes marques dans des situations déstabilisantes, résume Filippo. "Le confort, c'est trop facile!" ."Down Under", il travaille pour la famille de perliculteurs Paspaley avec laquelle il garde encore de bonnes relations (dans l'univers des perles, la perle "Paspaley" évoque une admiration similaire au diamant "hope"). Le jeune homme s'en va ensuite en Thaïlande où il avait au début l'intention - en bon italien- d'ouvrir une pizzeria ou un stand de glaces. Pour finir, il partage un bureau avec son cousin, et au lieu de fréquenter la communauté italienne, c'est surtout avec la population thaïlandaise qu'il fraie. "Là-bas des pierres, on peut en voir 24 heures sur 24, même le week-end." raconte-t-il, les yeux jetant autant d'étincelles que ses pierres taillées. L'emprise des pierres s'est manifestée. "J'ai d'abord pensé que le patron pour lequel je pourrais travailler, c'était mon père. Déjà tout petit, il m'emmenait à Jaipur et à Bangkok pour trouver des pierres. Et puis il y a trois ans, j'ai décidé que mon meilleur patron, c'était moi."

La valeur des pierres se mesure à leur rareté, et les plus rares sont découvertes dans des régions lointaines et difficiles d'accès. Ne pouvant rivaliser avec les moyens et la sélection des plus importants des marchands, Filippo part en chasses des pierres les plus rares. Une carte du monde recouvre l'un des murs de son bureau et il y indique où il a trouvé chacune des pierres, des saphirs du Mozambique aux rubellites du Nigéria: "On peut lire tous les livres qu'on veut, le meilleur livre, c'est celui que forment les pages de ton passeport!" Pour la tourmaline Paraïba vert émeraude, il s'est aventuré pour la première fois au Brésil et, depuis Valdares, a entrepris un interminable périple en voiture de 8'000 km au milieu de la jungle, avec des sacs bourrés de billets de banque. "J'ai la chance d'avoir un ami qui est le plus grand de la région - dans ce business, avoir les bons contacts, c'est ce qui compte, sinon c'est une descente aux enfers. Il faut aussi montrer que l'on est honorable, digne de confiance et de respect. On conclut de nombreux marchés sur une poignée de main - une fois la poignée de main échangée, on ne peut jamais revenir sur affaire." Avant la poignée de main, une chose est essentielle: "Je dois tomber amoureux des pierres, parce que si moi je les aime, quelqu'un d'autre les aimera aussi. Chaque pierre m'est personnellement précieuse."

Le grenat mandarin de 70 carats, c'est au Nigéria qu'il l'a découvert, à l'état brut. Il est toujours difficile de trouver des pierres précieuses non traitées, et elles comportent en outre un grand risque - le défi rêvé pour ce jeune Italien. "Pour une pierre brute, il faut y croire, parce que dans leur état originel, elles ne sont pas très belles. Parfois je dois attendre une ou deux semaines et toutes les nuits, je rêve à quoi la pierre ressemblera, jusqu'à ce que je me décide à la faire tailler." Gay a un atelier de tailler de pierres à Bangkok, tout comme en Italie et à Genève. Au départ, il avait souvent insisté pour que les pierres soient taillées différemment. Ce qu'il a appris avant tout, c'est qu'il ne cesse jamais d'apprendre: "Il est essentiel de trouver le meilleur tailleur de pierre -  parce qu'il peut très bien te la démolir. C'est une chose très intime, dit-il d'un air songeur: tu confies à quelqu'un ce que tu possèdes de plus précieux, et il doit l'améliorer avant de te le rendre."

Filippo se met à jouer avec son trésor. Ses grandes mains se remplissent de tourmalines couleur hot pink: "J'achète toujours ce que les autres n'achètent pas!" Il saisit une singulière kunzite lilas qu'il a dénichée au Pakistan et la pose en équilibre sur ses doigts robustes. Puis ajoute, comme une bague, une aigue-marine pure de 250 carats d'un bleu clair des plus délicats. C'est une pierre que les navigateurs portaient autrefois en amulette pour se protéger des dangers de la mer. Pour Filippo, elle ouvrira une porte vers encore plus d'aventures. Cette année, il la présentera lorsqu'il participera pour la première fois à Baselworld: "J'aimerais que tous les joailliers s'adressent à moi quand ils cherchent des pierres précieuses. Parce que chaque succès me permet de partir à la recherche d'autres pierres!"

 


 

KATHERINE PEREZ Speaking about Filippo G&G

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